Accueil Actualités
Patrimoine

La photographie, entre passion et collection

Publié le 11 Octobre 2019 - Mis à jour le 10 Août 2020

Reconnue comme un art à part entière, la photo reste néanmoins accessible au plus grand nombre malgré l’envolée des prix de certains tirages. Si les professionnels effectuent un premier filtrage dans un marché très éclectique, il est aussi important d’acheter des oeuvres que l’on aime.

Avec le développement des réseaux sociaux, de l’internet mobile, des smartphones et du numérique, la photographie est devenue de plus en plus accessible et omniprésente
dans nos vies. Paradoxalement, parallèlement à cette banalisation, elle s’est en même temps imposée comme un objet d’art recherché par les collectionneurs, prêts à
payer des millions d’euros certaines œuvres. Le record en la matière est détenu par un tirage de « Phantom » du photographe australo-américain Peter Lik qui a été acheté à 6,5 millions de dollars (environ 5,8 millions d’euros) en 2014, détrônant un tirage de « Rhein II » de l’allemand Andreas Gursky qui avait été vendu à 4,3 millions de dollars par Christie’s en 2011. Les photos d’autres artistes, dont le talent est également reconnu, continuent à s’échanger à des prix plus modiques selon des critères plus rationnels (tirage limité, taille domestique…).

Une approche avisée

En effet, la photographie est un art particulier, dont la valeur dépend aussi du tirage. « Pour déterminer si une photo est une oeuvre d’art, il faut se reporter au Code général des impôts, explique Cécile Schall, fondatrice de fotofever. Celui-ci considère une photo comme une oeuvre originale si elle est tirée à moins de 30 exemplaires, tous formats et tous supports confondus ».
C’est cette restriction qui contribue à créer la valeur. Mais les nouvelles technologies posent aussi de nouveaux défis. « À l’époque de l’argentique, il suffisait de découper ou rayer le négatif, poursuit Cécile Schall. Avec le numérique, cela n’est plus possible, d’où l’importance de passer par des professionnels de confiance comme les galeries, qui peuvent garantir la traçabilité des oeuvres ». Bénéficier d’un accompagnement est d’autant plus important lorsque l’on souhaite commencer une collection, car on peut alors bénéficier d’une première sélection faite par le professionnel et d’une approche pédagogique pour exercer son oeil. Créée en 2011, fotofever est une foire internationale de photographie contemporaine qui, avec les 100 galeries qui y exposent, s’est justement donné pour mission d’encourager le public à collectionner la photographie pour soutenir les artistes de leur vivant. Son positionnement Start to Collect s’adresse aussi bien aux primo acheteurs qu’aux collectionneurs avertis à l’affût de nouveaux artistes pour leur collection.

La passion avant tout

Comme le note Cécile Schall, « l’artiste et le collectionneur sont les deux faces d’une même pièce : le collectionneur est le mécène de l’artiste. La collection, quant à elle, peut être considérée comme une création à part entière, un autoportrait ». On ressent d’ailleurs une passion chez les collectionneurs lorsqu’ils parlent de leur parcours et de leurs œuvres,
à l’instar de Marc Ambrus, président des Amis de la Maison européenne de la photographie. « Ma première pièce est l’oeuvre d’un artiste italien, Massimo Vitali, connu pour ses photos colorées de plage en Italie. C’est un photographe facile d’accès. J’ai aimé le sentiment de gaieté et de nonchalance qui s’en dégageaient, ainsi qu’un côté suranné ». Mais il souligne aussi qu’il est très important de fréquenter des galeries et des foires, de se documenter pour faire progresser ses exigences et ses connaissances. « Je suis allé vers des oeuvres plus exigeantes comme Cindy Sherman, connue pour se mettre en scène elle-même dans ses photos, poursuit Marc Ambrus. Puis je me suis intéressé aux photographes allemands. J’ai acheté une constellation de Thomas Ruff, attiré par l’impression de me confronter à l’immensité de l’univers. J’ai aussi rencontré Thomas Struth à Berlin et ce fut pour moi l’occasion d’acquérir une de ses photos de musées : une mise en abyme des visiteurs du musée du Prado face aux Menines de Velasquez. L’artiste a pris près de 1 000 clichés avant d’en choisir un, on est presque dans l’exigence d’un peintre ».

La collection de photographie de Marc Ambrus compte aujourd’hui une vingtaine d’oeuvres de tous formats (allant de 10 cm par 19 cm à 2,60 m par 1,90 m). « J’ai aussi procédé à des arbitrages en me séparant de certaines œuvres afin d’en acquérir de nouvelles (cinq au cours des dix dernières années), explique-t-il. Il est important d’aimer les œuvres que l’on possède, car on attache alors moins d’importance à l’évolution de leur cote ». En l’entendant parler avec passion de sa collection, on ne manque pas de s’interroger sur ses goûts lorsqu’il est lui-même derrière l’objectif. « En tant que photographe amateur, j’apprécie particulièrement les effets de la lumière dont les évolutions au fi l de la journée peuvent créer autant de scènes différentes pour un même angle de prise de vue ».

 

Article issu de la Lettre Gestion de Fortune n°23 du mois de juillet 2019