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Investissement

Transformation urbaine : promouvoir une gestion de l’eau et des déchets plus efficace

Publié le 04 Septembre 2019 - Mis à jour le 12 Août 2020

Interview de Roger Keller, responsable stratégie d’investissement, BNP Paribas Wealth Management

Quels sont les principales caractéristiques de ce thème ?

Roger Keller : Il s’agit d’une thématique globale, concernant aussi bien les pays développés que les pays émergents. Le premier élément à retenir est démographique. Deux données sont centrales. La part d’individus dont la qualité de vie augmente atteint un niveau élevé. Cela engendre des demandes de consommation accrue de certains biens, notamment la viande. L’impact est énorme. On peut parler d’un énorme basculement des habitudes. L’autre donnée est l’urbanisation. A l’heure actuelle, 54% de la population mondiale est urbaine. D’après l’ONU, d’ici 2050, il y aura 2 milliards de personnes en plus dans les villes. Ce phénomène migratoire est provoqué par l’attrait d’une vie meilleure là où, effectivement, 80% du PIB mondial est produit. Or, les villes n’occupent que 2% des terres émergées. Il en découle donc d’importants enjeux en termes de gestion des contraintes d’infrastructures, d’alimentation en eau et de gestion des déchets.

L’eau est un enjeu spécifique en soi. Quelles en sont les raisons ?

R. K. : Moins de 5% de l’eau sur terre n’est pas salée. En outre, cette eau se trouve majoritairement dans des endroits peu accessibles. Il s’agit donc déjà de relever le défi de gérer mieux ce qui existe. Cela passe par une gestion des eaux de pluie, de lacs, mais aussi la désalinisation des eaux et une optimisation considérable des réseaux existants. Dans des villes comme Londres ou Paris, les déperditions peuvent atteindre plusieurs dizaines de points de pourcentage par an, parfois 40%. Les usages de demain vont donc reposer sur l’installation de compteurs, l’exploitation de capteurs, de moyens d’analyse de la qualité de l’eau, de gestion fine des pointes de consommation. Il s’agit d’assurer une meilleure adéquation entre l’offre et la demande. Le marché est énorme, supérieur à 300 milliards de dollars par an selon le Global Water Intelligence. D’un point de vue boursier, les Etats-Unis le dominent, suivis par la Grande-Bretagne. Sont donc à surveiller le monde agricole, premier consommateur d’eau, mais aussi l’industrie et la consommation des ménages. Avoir une approche large du sujet est nécessaire : par exemple, la baisse du niveau de cours d’eau comme le Rhin ou le Danube a un impact rapide sur l’économie des pays traversés du fait des limitations de trafic que cela provoque. Nous en tenons compte dans nos recherches.

Concernant les déchets, quels sont les sujets à surveiller ?

R. K. : Leur gestion a un impact sur la santé publique. On le sait, il existe une corrélation très nette entre l’augmentation du niveau de vie et celle du volume de déchets. Les défis s’articulent autour de quatre impératifs : collecter, recycler, réutiliser et réduire. Du transport et de la collecte, où les marges ne sont pas très élevées, on va jusqu’au triage, au traitement et au recyclage, aux décharges et incinérations, avec, notamment aux Etats-Unis, des marges très élevées sur deux des derniers maillons de la chaîne comme l’a récemment pointé CITI Group. On se doit aussi de distinguer les activités spécifiques de traitement des déchets industriels, générant des marges parfois très substantielles.

 

Voir aussi

Transformation urbaine – Thème d’investissement 2019 #6 – Interview de Florent Bronès, Responsable de la stratége d’investissement de BNP Paribas Wealth Management (Vidéo)